Mercredi 17 Mars 2004 Edition n° 14 DSLAM & CONTREDANSE Siège de Free. Julien, l'un des 30 techniciens réseau chargés des NRA franciliens dégroupés, supervise son secteur face à deux écrans : à gauche, les incidents en direct, devant lui,les remontées des hotliners. Ce matin, son monitoring indique : · · · · Compte 0153****** (Mme Meunier). Synchro NOK. Câblage RAS. Freebox NOT HS. La décision est prise : Julien déclenchera une intervention «terrain» au NRA (Noeud de Raccordement d'Abonnés) dont dépend Mme Meunier. Julien contacte alors Nicolas, technicien itinérant chargé du NRA en question, pour lui demander de se rendre sur place afin de procéder aux vérifications qui s'imposent en pareil cas. Exceptionnellement, Julien se déplacera lui aussi, puisque, dans la foulée, il appelle l'ADUF et nous propose d'être notre guide au royaume des DSLAMs. Luc et moi arrivons sur les lieux : - «T'as 2 euros pour le parcmètre ?». - « Laisse tomber, ils passent jamais dans cette rue» Julien est déjà là et nous ouvre les portes d'un site classé «Secret Défense». A deux pas du Palais de l'Elysée, le NRA visité est le point de convergeance de 10.000 lignes téléphoniques dont certaines considérées comme «sensibles». La première impression est inquiétante : nos pas résonnent dans un escalier métallique interminable. On a le sentiment de descendre dans un bunker anti-atomique. Que va-t-on trouver en bas ? Une salle vide, un bouton rouge au milieu et un écrito «En cas d'urgence, brisez la glace» ? A l'arrivée, la décoration est effectivement dépouillée mais l'ambiance est plus chaude que prévue. Bien que la pièce soit équipée d'un système de réfrigération, le température estivale qui y règne nous oblige à quitter nos tricots. Pour commencer, Julien nous décrit une tête miroir, sorte de gros domino éléctrique de 16 rangées de 8 lignes téléphoniques (soit 128 au total) sur lequel arrivent les câbles de France Télécom. En effet, dans le cas d'un N.R.A dégroupé, le site se divise en 2 salles : une salle où se trouve le répartiteur France Télécom (Free et autres FAI n'y ont pas accès, sauf dans le cadre d'une expertise) et une seconde salle, appelée salle de dégroupage, où cohabitent les opérateurs alternatifs, ces derniers commandant des emplacements à France Télécom pour y installer leurs propres équipements. Rappelerons ici que c'est à l'initiative d'un opérateur alternatif qui la sollicite qu'une salle de dégroupage est créée. A réception de sa demande, France Télécom a un délai de 3 mois pour mettre des infrastructures à la disposition de ses concurrents dans un NRA qui, jusque là, lui était intégralement dédié. Tête miroir Têtes miroirs de tous les opérateurs de la salle de dégroupage Julien & Nico en action La tête miroir est un point névralgique du câblage d'un client dégroupé. C'est le carrefour où France Télécom passe le relais à Free qui acheminera les lignes vers ses DSLAMs. Comme on peut le voir sur la photo, les 16 rangées horizontales de la tête miroir sont subdivisées en 2 rangées : sur celle du bas, arrivent les lignes en provenance du répartiteur de France Télécom, celle du haut étant le point de départ des lignes de Free. Nicolas se «broche» donc son modem ADSL en haut sur la position de Mme Meunier pour constater l'état de sa ligne. Le problème de synchronisation de Mme Meunier vient dans ce cas ci de France Télécom, puisque Julien a vu son modem Sagem synchroniser en salle de dégroupage et a pu naviguer sur Internet. L'origine de l'incident se précise : Julien soupçconne un problème de câblage entre la salle de dégroupage et la prise téléphonique de Mme Meunier, certainement dans le répartiteur de France Télécom. C'est pourquoi il signalera le dérangement à leurs techniciens (seuls habilités à câbler et vérifier les lignes dans le répartiteur France Télécom) par l'intermédiaire d'un ticket GAMOT (Guichet d'Accueil et de Maintenance des Opérateurs Tiers). Ce ticket est donc une demande d'intervention technique émise par un Free à l'attention de France Télécom. Si le retour du ticket GAMOT nous confirme que France Télécom a vérifié la ligne et qu'aucun dysfonctionnement n'a été constaté, il y aura donc «conflit» de diagnostics. Une des deux parties se sera trompé. Free lancera alors un second ticket GAMOT. Enfin, si le résultat de ce nouveau ticket est inchangé, c'est-à-dire que les tehniciens de France Télécom ne constate toujours aucune anomalie, Free demandera une expertise : l'équipe technique du FAI et celle de France Télécom se donneront rendez-vous pour faire, ensemble, dans le répartiteur FT et dans la salle de dégroupage, toutes les vérifications nécessaires pour déterminer l'origine de la panne. La durée moyenne du traitement d'un ticket GAMOT étant d'une semaine dans le cas d'une ligne dégroupée, Mme Meunier, dans l'hypothèse pessimiste où l'incident qu'elle nous a signalé aille jusqu'à l'expertise, devra attendre entre 3 et 4 semaines avant le rétablissement de service ADSL. Baie de DSLAMs Fibre optique Ne fixez pas la photo, la porte de cette baie ne s'ouvrira malheureusement pas. Free ne nous permettra pas de prendre une photo de l'intérieur de ce «coffret-fort». Pourquoi ? Parce qu'il abrite les fameux DSLAMs (au maximum 4 par baie). Un DSLAM (Digital Subscriber Line Access Multiplexorest) est un ensemble de 16 cartes accueillant chacune 24 lignes téléphoniques provenant des têtes miroirs. Par conséquent, un DSLAM gère au total 384 abonnés. A la sortie de ce DSLAM, un seul fil : une fibre optique. 384 abonnés pourront simultanément naviguer sur Internet, regarder la télévison ou téléphoner au bout du monde... et tout ceci, grâce à une fibre optique à peine plus grosse qu'un spaghetti ! Nous remontons à la surface, heureux, un reportage en poche. Nous voilà de nouveau à l'air libre. Mais sur le trottoir, je ne veux pas y croire : «C'est pas vrai !!! J'vais te tuer Luc !!!». La police nous avait gracieusement décoré le pare-brise . Nous rentrons au QG de l'ADUF pour rédiger cette newsletter après avoir fait un détour par le bureau de tabac : «Bonjour Monsieur. Un paquet de chewing-gum et un timbre fiscal à 11 , s'il vous plaît». Quelques chiffres sur le dégroupage Free : · 705 Noeuds de Raccordement d'Abonnés dégroupés · 198.350 connexions (objectif : 600.000 fin 2005) · plus de 3000 km de fibre optique déployée en France